Jessie

Alain Nzuzi Polo


Jeune homme à la veste, 2008

Jeune homme à la veste, 2008

Lorsque j’étais étudiante à l’Ecole supérieure des arts décoratifs de Strasbourg,  j’ai fais la rencontre de l’artiste d’origine congolaise, Alain Nzuzi Polo. Sa douceur et sa gentillesse le séparaient des autres, ce genre de personne qui cache son hypersensibilité derrière un sourire remplit d’espoir. Et c’est à travers son art, qu’il raconte son histoire, nous invitant dans son univers imaginaire.

 

Qui a dit que le maquillage et la sensualité appartiennent aux femmes ? 

 

Les photographies d’Alain nous transportent dans une seconde réalité, celle que nous n’osons pas montrer. Parfois perturbante, cette réalité dévoile son intimité la plus profonde. Alors qu’au Congo certains enchaînent les séances de prières afin de se faire déposséder, Alain tente d’imposer son homosexualité dans un pays où l’homme doit se montrer fort et macho. Dans cette mise en abîme, l’artiste utilise la photographie comme un moyen de la recherche de sa propre identité. Doucement, il joue avec son image afin de casser les critères de genre instaurés par la société. De la même façon, l’artiste Claude Cahun prenait son corps comme point de départ du déguisement. Infiniment, elle multipliait les masques et les rôles, tantôt femme tantôt androgyne. 

 

Qui est le moi ? Miroir brisé, visage dédoublé, l’artiste présente une image à la fois sensuelle et tragique du garçon. Dans cette atmosphère sombre, mon regard suit le contour des lèvres parfaitement dessinées de l’artiste. Et ce rouge à lèvre, qui m’est si familier, me paraît soudain étranger. Le décor est froid, presque glacial comme une référence à la prison. Dans cette poésie obscure résonne une symphonie tragique, et doucement je me demande : “ la différence nous emprisonne-t-elle ?”

 

Oser être différent ? Non, être tout simplement.


Dans une société où le conformisme est la règle d’or, Alain se rebelle et trouve des solutions à son mal être. Sur sa page Instagram, nous retrouvons des dessins influencés par la culture gay, qui d’emblée nous font penser à l’œuvre de l’artiste Tom of Finland. Des corps masculins, proche de la perfection de l’idéal grec, célèbrent la sensualité et la sexualité masculine. A travers une série de photographie intitulée “Sur les traces modernes d’Apollon, d’Héraclès et d’Hermès”, Alain Polo transforme le corps masculin en produit de consommation presque comestible. A côté d’un visage d’homme découpé, brillent de lumière des pêches et des cerises rouge. Leur apparence si juteuse nous fait saliver. Dans le monde virtuel, il y a peu de place pour la timidité. Ainsi, Alain Polo diffuse son image rêvée en jouant le rôle de belle-garçon. Pose élégante, tenue sexy, l’artiste se métamorphose en poupée de désir, exhibant la quasi totalité de sa peau charnelle et devient à son tour objet de consommation dans ce monde fictif.

 

Diplômé de de l'Académie des Beaux Arts de Kinshasa et de l'Ecole supérieure des arts décoratifs de Strasbourg, Alain Polo est l'un des gagnants du prix Foto fever Jeune Talent Arles 2019 et a participé à de nombreuses expositions et foires d'arts dans le monde entier dont "La Rencontre de la Photographie  de Bamako" à la Colonie (espace Kader Attia). Aujourd'hui il vît et travaille à Paris.

 

Lien vers le site de l'artiste : Alain Polo

 

Instagram : alainpolonz

 

 

Jeune homme à la veste, 2008

When I was a student at the Ecole supérieure des arts décoratifs of Strasbourg, I met the Congolese artist Alain Nzuzi Polo. I remember his kindness made all the difference; he’s the kind of person who hides his hypersensitivity behind a smile full of hope. And it is through his art that he tells his story, inviting us into his imaginary world.

 

Who said makeup and sensuality belong to women? 

 

Alain's photographs transport us into a second reality, the one we don’t dare to show. Sometimes disturbing, this reality reveals its deepest intimacy. While in Congo some people go through a series of prayer sessions in order to be dispossessed, Alain tries to impose his homosexuality in a country where men must be strong and macho. In this abyss, the artist uses photography as a means of seeking his own identity. Slowly, he plays with his image in order to break the gender criteria established by the society. In the same way, the artist Claude Cahun used her body and disguised it in many different ways. Infinitely, she multiplied the masks and roles, sometimes female and sometimes androgynous. 

 

Who is the me? A broken mirror, a split face, the artist presents a sensual and tragic image of the boy. In this dark atmosphere, my gaze follows the outline of the artist's perfectly drawn lips. And this lipstick, which is so familiar to me, suddenly seems strange. The decor is cold like a reference to prison. In this obscure poetry resounds a tragic symphony, and  I wonder: "Does difference remove our freedom?"

 

Dare to be different? No, just be who the fuck you want to be.

 

In a society where conformity is the golden rule, Alain rebels and finds solutions to his ill being. On his Instagram page, we find drawings influenced by gay culture, which immediately remind us of the work of the artist Tom of Finland. Male bodies, close to the perfection of the Greek ideal, celebrate sensuality and male sexuality. Through a series of photographs entitled “Sur les traces modernes d’Apollon, d’Héraclès et d’Hermès”, Alain Polo transforms the male body into an almost edible consumer product. Next to a cut-out man's face, peaches and red cherries shine with light. Their juicy appearance makes us salivate. In the virtual world, there is little room for shyness. Thus, Alain Polo disseminates his dream image by playing the role of belle-garçon (beautiful boy). Elegant pose, sexy outfit, the artist transforms himself into a doll of desire, displaying almost all of his carnal skin and becomes in turn an object of consumption in this virtual world.

 

 

Alain Polo graduated from the Beaux Arts of Kinshasa and the Ecole supérieure des arts décoratifs of Strasbourg. He is one of the winners of the Foto fever Jeune Talent Arles 2019 and has participated in many exhibitions worldwide. More recently he participated at the exhibition "La Rencontre de la Photographie de Bamako" at la Colonie (Kader Attia's space). Alain lives and works in Paris.

 

His website : Alain Polo

 

Instagram : alainponz

Sur les traces modernes d’Apollon, d’Héraclès et d’Hermès, 2016

Belle-garçon, 2019


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