Mémoire de fin d'étude DNSEP - Master's thesis
Nour: the return of an ancient Queen

Mémoire - la suite.

 

...Le plan fonctionne...

 

    "Alors comment ça ce passe à Paris ? Toujours aussi désenchantée ? Hier je suis tombé sur un article intéressant en lisant un magazine et j’ai tout de suite pensé à toi. Je te l’accompagne de mes quelques mots. Reviens-vite me voir au Westend. 

Ma P’tite Eli, je t’embrasse fort. 

Ton amie, Mary.

 

 

 

Article rédigé par Martin Capet

Françoise Héritier SEXES EGAUX

 

« Il n’y a jamais eu de société qu’on dit de matriarcat, c’est-à-dire où le pouvoir était aux mains des femmes. Il existe des sociétés de droits matrilinéaires où l’affiliation se transmet par les femmes mais ça ne veut pas dire pour autant que les femmes y ont le pouvoir. »*1 

« Françoise Héritier, anthropologue et ethnologue française a pu constater à travers l’analyse de certaines traces du paléolithique et de certains mythes, qu’à l’origine de la civilisation les femmes étaient seulement considérées comme des biens de reproduction. Dans une conférence sur l’origine de la différence, elle raconte qu’il y a environ deux cents milles ans, les hommes n’avaient pas les moyens scientifiques pour comprendre qu’il y avait une part égale dans la procréation. Notons qu’« il a fallu encore un siècle au XIXème, avant que l’on s’accorde pour dire qu’il y avait une part égale de l’ovule et des spermatozoïdes dans la transmission des caractères génétiques à l’enfant ». Les premiers hommes ont simplement observé le monde qui les entoure et ont remarqué que toutes les espèces sont différentes les unes des autres.

Cependant, ils ont constaté qu’il existait une injustice irréversible, que seules les femmes pouvaient se reproduire à « l’identique » (femelle) et au « différent » (garçon), mais qu’elles ne pouvaient pas se reproduire sans l’aide des hommes. « C’est à partir de cette constatation, qui fait du corps des femmes, une propriété à l’usage du corps des hommes, et donc un objet d’échange ». Les hommes penseront que le corps des femmes n’est qu’un endroit pour y faire pousser leur germe.

A ce moment-là, les femmes seront considérées comme des biens de reproduction. Puis les règles de la société se forgeront à partir de ces constatations. Tout d’abord « l’impossibilité pour les femmes de disposer librement de leur corps » afin de rendre stable l’union nécessaire à la reproduction de l’espèce. Les filles étaient mariées de force par les membres masculins de leur famille, n’avaient pas le droit de décider combien et quand elles auraient leurs enfants. Ensuite « elles ne sont pas des individus dotés de droit juridique au même titre que les hommes ». Elles avaient l’impossibilité d’accéder au savoir sauf à celui du quotidien car le savoir émancipe et il fallait les tenir dans l’obscurantisme.

Les femmes ont donc été possédées et échangées par les hommes durant des siècles, comme on possèderait aujourd’hui une voiture. Bien que des centaines d’années auparavant nous étions encore convaincus que les femmes étaient vouées à être esclaves des hommes, aujourd’hui grâce aux avancées scientifiques et aux études menées sur les civilisations antérieures, nous pouvons amener une réponse concrète à la question : femmes et hommes sont-ils égaux ? Mais comment se fait-il que ce problème de domination/soumission existe encore dans notre société? Si nous en croyons les affirmations de Françoise Héritier, les bases de notre civilisation ont été construites sur des erreurs d’observations. Vouloir refuser d’entendre que les femmes sont des individus égaux aux hommes serait aussi absurde que de croire encore à la théorie du géocentrisme.

Simone de Beauvoir écrit : « or la femme a toujours été, sinon l’esclave de l’homme, du moins sa vassale ; les deux sexes ne se sont jamais partagé le monde à égalité ; et aujourd’hui encore, bien que sa condition soit en train d’évoluer, la femme est lourdement handicapée. En presque aucun pays son statut légal n’est identique à celui de l’homme et souvent il la désavantage considérablement. »*2. Mais pourquoi les femmes ne se sont-elles pas battues pour leur droit ? Pourquoi n’ont-elles pas mené une guerre contre certains hommes tortionnaires ? Elles étaient vouées aux tâches ménagères, à l’éducation des enfants, à servir leurs maris et elles n’ont jamais rien pu prendre. Au contraire les hommes ont tout dominé, tout conquis, tout pillé. Et Simone De Beauvoir le dit si bien : « les prolétaires ont fait la révolution en Russie, les Noirs à Haïti, les Indochinois se battent en Indochine : l’action des femmes n’a jamais été qu’une agitation symbolique ; elles n’ont gagné que ce que les hommes ont bien voulu leur concéder ; elles n’ont rien pris : elles ont reçu. ».*3

 

Vendredi 12 september 2014, Sciences-humaines Magazine.

 

 

    L’article de Martin Capet entre les mains, Elizabeth se jette hors du lit. Le vent souffle fort, fait trembler toutes les fenêtres de la maison. Tous dorment. Elle s’habille chaudement. A pas de loups, elle descend les escaliers et s’enfuit dehors. Elle court sans réfléchir. Même la tempête ne peut la ralentir. Ses longs cheveux noirs argent aussi brillants que les étoiles, flottent dans le souffle hivernal. Echappant au silence nocturne, libre comme une feuille d’automne, elle se laisse porter par un fleuve de vent glacial. Les branches des arbres battent les unes contres les autres au rythme du cyclone affolé, jouant un hymne à la vie. Soudain Elizabeth tombe la tête la première sur le rocher enneigé, comme une marionnette sans ficelles. Tout disparait. Ses mouvements sont si maladroits qu’elle peine à se relever. Son visage enduit de neige fondue, parait luisant et crasseux. L’article est mouillé, mais peu importe. Elle le sert fort contre son coeur comme s’il lui était familier. Sa bouche s’étire de chaque côté, elle sourit puis rigole. Elle rigole à s’écrouler par terre. Son rire euphorique résonne dans la nuit sombre. Son plan a bel et bien fonctionné : elle est Martin Capet."

 

*1 Débat entre Françoise Héritier et Patrick Viveret, Comment réenchanter le monde? (Débat n°1), dirigé par Patrice Van Eersel, samedi 27 avril 2013, Salle 1, UT TV, visionné sur You Tube en novembre 2014, https:/ 

*2 Simone de Beauvoir, La Femme indépendante extraits du Deuxième Sexe, édition établie et présentée par Martine Reid, Editions Gallimard, Collection Folio, 2008, (é.o 1949, renouvelée en 1976), p.31.

*3 Simone de Beauvoir, La Femme indépendante extraits du Deuxième Sexe, édition établie et présentée par Martine Reid, Editions Gallimard, Collection Folio, 2008, (é.o 1949, renouvelée en 1976), p.29-30.  


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